Marianne Evennou

1 avril 2026

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Marianne Evennou

Rencontre avec Marianne Evennou.

INTERVIEW

L’intuitive hors des sentiers battus

Dans son livre Un intérieur à soi aux éditions de La Martinière, Marianne Evennou confirme sa réputation de designer d’intérieur autodidacte, qui sait infuser mieux que personne une âme indescriptible à tous les lieux qu’elle transforme depuis trois décennies.

La couleur, omniprésente dans tous ses projets, ouvre un champ des possibles infini et audacieux. Marianne nous dévoile sa plume d’une authenticité rare, le temps d’un jeu de questions réponses riche et passionnant.

Comment vous est venue cette envie de créer de nouveaux intérieurs ? 
Quelle est la part de ce métier qui vous anime et vous fait vibrer au quotidien ?

L’envie n’est pas arrivée tout d’un coup. À vrai dire, je ne peux pas la dissocier de ma vie de tous les jours. Je me contente modestement de faire ce que j’aime.

J’ai commencé avec mes maisons pour ensuite le faire pour des amis et tout s’est ensuite enchainé naturellement sans passer par une prise de décision soudaine ni par un parcours académique.

Votre style a-t-il toujours été celui que nous connaissons aujourd’hui 
ou bien est-il le fruit de votre évolution personnelle, et professionnelle ?

Je pense qu’il n’a pas beaucoup changé sinon que j’ai aujourd’hui un peu moins de contraintes budgétaires que lorsque j’étais jeune. Mais je suis assez fidèle à mes goûts simples, à mes fournisseurs, à des formes essentielles et j’ai un attachement particulier pour la plupart de mes projets.
Je tente toujours de garder à distance ce qui est dans l’air du temps avec une forme de défiance aux modes même s’il est parfois difficile de s’en préserver totalement.

Même si j’admire certains mouvements ou certaines écoles en matière d’architecture, je pense que je suis incapable de m’identifier à une idéologie collective et qu’un métissage correspond plus à ma philosophie de vie.
Elle me permet de trouver une forme d’harmonie intérieure dans tous les sens du terme. 
Un mélange dans le temps comme dans l’espace.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

D’abord ce que je perçois de mes clients, bien sûr au travers de mon prisme mais ils sont ma première source d’inspiration. D’où la nécessité d’avoir des affinités et une certaine complicité. Ils vont m’évoquer le début de l’histoire à raconter autour d’eux, tout comme les couleurs, les matières et l’atmosphère générale. Il suffit d’écouter pour que les images arrivent et le puzzle se mette en place.
Je n’ai pas une source particulière d’inspiration sinon que nous sommes le résultat d’une éducation, et du regard singulier que nous portons sur notre monde.

L’Art a toujours joué un rôle important pour moi, je dirais même plus précisément le processus de création, ayant toujours vécu entourée d’artistes, qu’il s’agisse de mon grand-père, de ma mère, de mon mari ou de mes enfants. Et je persiste à penser, même si c’est une idée qui dérange souvent les journalistes à la recherche de recettes pour faire un bel intérieur, qu’il n’y a rien de plus beau que l’impalpable : la musique, les odeurs, les livres, les couleurs et les tableaux.
Tout ce qui contribue à donner du fond et du sens à un lieu.

La couleur est omniprésente dans toutes vos réalisations. Quel rapport à la couleur avez-vous ? Quelle importance lui accordez-vous ?

La couleur est souvent ma meilleure amie sur un chantier. Elle est un puissant outil de décoration. 
Je peux en composant avec les couleurs compenser le manque de moulures, jouer sur les hauteurs, habiller avec une fresque un mur, donner du caractère à une entrée, surprendre avec un plafond coloré.

Elle permet à la fois de donner du caractère mais aussi de mettre en valeur les tableaux aux murs, les textiles et offre une fantaisie joyeuse. Elle est ce qui fait chanter un intérieur. Une petite mélodie personnelle. C’est un processus un peu plus risqué qu’un intérieur blanc mais c’est justement ce qui en fait tout l’intérêt.

Selon vous, la couleur est-elle déterminante dans la réussite d’un projet ?

Chaque projet est unique et n’offre pas la même problématique. Je me garde de faire des généralités.
Parfois les lieux sont si beaux, si richement décorés qu’ils se suffisent à eux-mêmes.
Et la couleur peut également par sa présence parfois être trop stimulante, trop présente.

Mais c’est toujours une grande joie de pouvoir s’amuser avec les teintes, de les assortir sur un chantier en se jouant des profondeurs, en les laissant dialoguer d’une pièce à l’autre, pour habiller les lieux.

À quel moment le choix de la couleur intervient dans vos projets ?

En début de projet nous définissons habituellement une charte de couleurs mais en fin de chantier, quand arrive le temps de la peinture, nous ajustons ensemble les couleurs sur place selon la lumière et l’organisation des pièces. J’écoute toujours beaucoup mon client et je le prends par la main pour le rassurer et trouver la tonalité qui semble le mieux lui correspondre.
C’est un choix trop personnel pour l’imposer et passer en force. J’ai toujours pensé que chaque individu porte en soi son propre arc en ciel selon son tempérament et sa sensibilité parfois de manière inconsciente.
En matière de dégustation, nous savons très facilement déterminer les plats que nous aimons, l’exercice est moins évident pour les couleurs car nous ne le pratiquons pas quotidiennement mais il est pourtant du même ressort. Très instinctif et viscéral. Proposez 2 couleurs à un client, il saura très bien à partir de là, celle qu’il préfère.

J’accompagne et je rassure, car la couleur fait souvent peur et déclenche des attitudes irrationnelles. Peur de ne pas trouver la juste tonalité, peur de se lasser, peur de la faute de goût…
D’autant plus que la peinture arrive tout à la fin du chantier, à un moment délicat où le client a rêvé de son projet, l’a attendu le temps de la gestation, s’est laissé porter en s’appuyant sur moi et se retrouve soudainement confronté, non plus au fantasme d’un appartement idéalisé mais à la réalité d’un intérieur qu’il va incessamment occuper et qu’il doit s’approprier. Il y a toujours une dimension très protectrice et psychologique dans l’aventure des couleurs.

À quel moment le choix de la couleur intervient dans vos projets ?

En début de projet nous définissons habituellement une charte de couleurs mais en fin de chantier, quand arrive le temps de la peinture, nous ajustons ensemble les couleurs sur place selon la lumière et l’organisation des pièces. J’écoute toujours beaucoup mon client et je le prends par la main pour le rassurer et trouver la tonalité qui semble le mieux lui correspondre.
C’est un choix trop personnel pour l’imposer et passer en force. J’ai toujours pensé que chaque individu porte en soi son propre arc en ciel selon son tempérament et sa sensibilité parfois de manière inconsciente.
En matière de dégustation, nous savons très facilement déterminer les plats que nous aimons, l’exercice est moins évident pour les couleurs car nous ne le pratiquons pas quotidiennement mais il est pourtant du même ressort. Très instinctif et viscéral. Proposez 2 couleurs à un client, il saura très bien à partir de là, celle qu’il préfère.

J’accompagne et je rassure, car la couleur fait souvent peur et déclenche des attitudes irrationnelles. Peur de ne pas trouver la juste tonalité, peur de se lasser, peur de la faute de goût…
D’autant plus que la peinture arrive tout à la fin du chantier, à un moment délicat où le client a rêvé de son projet, l’a attendu le temps de la gestation, s’est laissé porter en s’appuyant sur moi et se retrouve soudainement confronté, non plus au fantasme d’un appartement idéalisé mais à la réalité d’un intérieur qu’il va incessamment occuper et qu’il doit s’approprier. Il y a toujours une dimension très protectrice et psychologique dans l’aventure des couleurs.

Quels conseils donneriez-vous en matière de choix, d’associations de couleurs ?

Justement j’ai toujours un sourire quand je vois des leçons d’association de couleurs.
Si j’ai un conseil à donner, c’est de ne pas écouter les autres, surtout pas, mais de s’écouter et de s’autoriser toutes les extravagances sans se soucier du bon ou du mauvais goût. Prendre le temps, essayer les échantillons chez soi, ne surtout pas demander l’avis des uns et des autres.
J’ai parfois vu des peintres en bâtiment peindre les plafonds colorés à ma demande avec beaucoup de réticence et s’étonner du résultat ensuite. Les habitudes suscitent les préjugés et je crois qu’ils n’ont pas leur place dans la composition d’une palette de couleurs exceptionnelle et personnelle. Juste se laisser guider par son instinct et s’autoriser une liberté. Mais sans donner de leçon, je peux parler de ma propre expérience : je n’aime pas utiliser juste une couleur dans l’ensemble d’un intérieur car je pense que chaque pièce a sa spécificité.

Un appartement doit permettre un voyage intérieur au travers des différentes pièces, comme autant de paysages qui offrent une diversité, la délimitation des couleurs étant symboliquement comme une frontière invisible qui permet de basculer d’un univers à l’autre.
Le monde intérieur devient ainsi plus riche et plus vaste. Faire dialoguer les couleurs relève d’une composition musicale. Certaines notes s’assemblent harmonieusement là ou d’autres offrent une cacophonie. Il faut donc choisir les couleurs des différentes pièces en pensant toujours à l’harmonie de la mélodie d’ensemble. Parfois, le point de départ d’une palette, peut partir d’un tableau que j’affectionne particulièrement : un Bram Van Velde avec des couleurs douces, un tableau de la peinture flamande qui sait particulièrement manier les couleurs sombres et vives.
Mais c’est avant tout une quête personnelle.

Nous savons que vous affectionnez particulièrement les peintures Ressource. 
Qu’ont-elles de si particulier ?

Je trouve chez Ressource surtout beaucoup de nuances. C’est le premier point.
Ensuite de façon beaucoup plus pragmatique j’ai à ma disposition un certain nombre d’outils qui me facilitent la vie : les nuanciers par couleur très pratiques à utiliser, les échantillons sur carton, les petits pots de peinture qui permettent très facilement de tester les couleurs et de les associer.

Je peux affiner mes choix de couleurs avec mes clients en boutique en m’appuyant sur un accueil efficace lorsqu’il faut trouver une nuance plus juste ou visualiser sur un grand panneau une teinte. Et dernier point non négligeable : le peintre peut s’approvisionner à tout moment, ce qui évite de retarder bêtement un chantier.

Si vous étiez une couleur, laquelle seriez-vous et pourquoi ?

J’aime trop les couleurs pour n’en citer qu’une. C’est une question aussi étrange que de devoir choisir son enfant préféré. Je me souviens à ce sujet d’un conseil du pédiatre Thomas Berry
Brazelton, lu il y a plus de 30 ans mais qui raisonne toujours en moi. Je n’ai plus en tête la formulation exacte mais cela tournait autour de l’idée qu’il est tout à fait normal parmi ses enfants d’en préférer parfois un, du moment qu’il ne s’agit pas toujours du même ! C’est ce que je ressens, par extrapolation, pour les couleurs.

Alors aujourd’hui je dirais toutes les nuances de bleus avec de préférence une pointe de gris car j’y retrouve toutes les nuances du ciel. Et je pense à ce dessin de Miro, comme une tâche bleue, avec son écriture « Ceci est la couleur de mes rêves » qui m’émeut toujours autant à chaque fois que je le regarde. Mais demain sera probablement une autre couleur.

Ressource

Quelle est votre palette idéale ?

AP30 – Habit de Moine

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343.R761 – Le Coquet

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HEJU14 – Cuivre Poli

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AP13 – Prune Monsieur

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13.R203 – Le Murmure

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354.R807 – L’Oxygène

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eqER07 – Toundra

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eqRMDV20 – Kaki

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